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 III. Paris sous les Capétiens

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Zébulon
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MessageSujet: III. Paris sous les Capétiens   Jeu 22 Nov - 22:19

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Les premiers Capétiens.

L'avènement au pouvoir royal d'Hugues Capet, duc de France , en 987, assura à Paris la suprématie sur toutes les villes situées entre la Loire et la Seine, région qui comprenait alors toute la partie du territoire connue sous le nom de France. Les rois firent dès lors de Paris le siège principal de la royauté et de leur résidence ordinaire.

Prieuré de Saint—Martin—des—Champs.
1. Eglise de Saint-Nicolas-des-Champs. — 2. Cimetière. — 3. Pré. — 4. Église du prieuré. — 5. Réfectoire. — 6. Cloître. — 7. Salle du Chapitre. — 8. Tour des Archives. — 9. Jardins. (Une partie des bâtiments du Prieuré est actuellement occupée par notre Conservatoire des Arts-et-Métiers.)

Le fils d'Hugues Capet, Robert le Pieux (996-1031) fit de nombreuses donations au clergé. Plusieurs diplômes qui nous sont parvenus l'attestent. L'un des plus intéressants est celui où figure pour la première fois le nom du village de Charonne, actuellement l'un des faubourgs de Paris. Henri Ier, son fils (1031-1060), fut aussi un grand fondateur de couvents, parmi lesquels le prieuré de Saint-Martin-des-Champs auquel il donna de grands biens. Ce prieuré a été supprimé par la Révolution. Dans ses bâtiments, restaurés de nos jours, se trouve le Conservatoire des Arts-et-Métiers. L'enclos formait une vaste enceinte de murs, fortifiée et flanquée de tours rondes. L'une d'elles, désignée actuellement sous le nom de la tour du Vert-Bois, parce qu'elle est à l'angle de cette rue et de la rue Saint-Martin, avait été condamnée à la destruction pour des raisons d'alignement et doit sa conservation à Victor Hugo.

Louis VI (1108-1137) ; corporation des Marchands de l'eau.

Louis VI favorisa l'établissement des communes en s'alliant avec elles pour diminuer le pouvoir des seigneurs, dont beaucoup ne reconnaissaient plus le pouvoir royal.

Paris, dès cette époque , avait une administration municipale, représentée par les confréries marchandes, qui défendait les intérêts du peuple contre le bon plaisir du roi et les vexations des grands.

C'était la corporation des Marchands de l'eau qui avait le plus d'influence. Louis VI lui accorda, entre autres franchises, le monopole des transports entre Paris et Mantes ; tout bateau qui n'appartenait pas à la corporation devait payer un droit de passage sous peine d'être saisi, ainsi que les marchandises qu'il transportait.

On ne sait si c'est à Louis VI qu'il faut attribuer la construction d'une enceinte des faubourgs de la rive droite, mais il est certain qu'il en existait une de son temps. Paris commençait à s'étendre au delà des rives, de chaque côté du fleuve. Cependant la rive droite n'était habitée que dans la partie que limitent aujourd'hui, entre les quais et la rue de Rivoli, l'Église Saint-Germain-l'Auxerrois à l'ouest, l'Église Saint-Gervais à l'est ; au delà, s'étendaient des champs, des bois, des marais.

Louis VI fonda l'église Saint-Jacques-la-Boucherie, dont la tour, reconstruite depuis, orne le centre d'un de nos squares. Nicolas Flamel, dont le nom est resté à l'une des rues du vieux Paris, fut un des bienfaiteurs de cette église. Louis VI fonda également l'abbaye de Saint-Victor sur l'emplacement où l'entrepôt des vins a été installé au commencement de notre siècle. Il n'en reste plus que le nom donné au quartier voisin.

La royauté et l'Église.

L'Église était toute-puissante à cette époque, et souvent les rois eux-mêmes étaient forcés de céder devant elle, comme le montre l'anecdote suivante.

Un jour, Louis VII, revenant de la chasse, fut surpris par la nuit dans le village de Créteil, à trois lieues de Paris. Le roi s'y arrêta avec sa suite pour y dîner et y coucher aux frais des habitants. C'était l'usage alors que les habitants fournissent des vivres à leur seigneur ; mais le roi n'était pas seigneur de Créteil, car c'était une possession de Notre-Dame de Paris. Quand les chanoines de la cathédrale apprirent ce qui s'était passé, ils en furent fort affligés, se disant l'un à l'autre : « C'en est fait de l'église, les privilèges sont perdus ; il faut ou que le roi rende la dépense, ou que l'office cesse dans notre église. » C'est à ce dernier parti qu'ils s'arrêtèrent. Lorsque, le lendemain, Louis VII vint à la cathédrale, il trouva portes fermées. On lui en expliqua les raisons. Aussitôt le roi manifesta de vifs regrets, et en attendant que l'évêque et les chanoines vinssent au-devant de lui, il resta à genoux devant la porte, puis, comme gage de son repentir, leur fit don de deux chandeliers d'argent.

Philippe-Auguste (1180-1223). Le Louvre, Notre-Dame, l'Université.

Philippe-Auguste continua l'œuvre de Louis VI en fortifiant le pouvoir royal. Il accorda toutefois de nouveaux privilèges aux Marchands de l'eau, et leur donna le droit de vérifier les poids et les mesures. Il commença à bâtir le Louvre, afin de pourvoir à sa sûreté personnelle, et aussi pour y enfermer ses ennemis.

On a beaucoup cherché, sans la trouver, l'origine du mot Louvre. Les uns ont pensé aux loups de la forêt qui jadis descendait jusqu'aux rives de la Seine, d'autres à une léproserie ; d'autres encore ont été chercher un vieux mot saxon, Lover, qui signifie citadelle. Peut-être cette étymologie est-elle la même que celle de Louvres, village situé au nord de Saint-Denis et qui existait déjà à cette époque.

Pendant tout le moyen âge, la tour du Louvre a été le symbole de la puissance féodale du roi : les vassaux de la couronne étaient dits dépendre du roi à cause de sa tour du Louvre. Il reste encore aujourd'hui un souvenir de cette forteresse dans la cour du Louvre : le sol est sillonné de lignes blanches qui représentent ce que fut autrefois le château bâti par Philippe-Auguste, puis agrandi par Charles V. L'ensemble ne correspond même pas à l'étendue de la cour : tout ce qui est autour a été construit depuis et n'a été terminé que dans le siècle présent. C'est en 1866 que les fouilles ont été faites pour retrouver les anciennes fondations du Louvre.

Le même roi créa l'Université de Paris, corps chargé d'enseigner les sciences alors connues ; enfin, sous son règne, fut entrepris le plus beau monument du Paris du moyen âge et aussi du Paris actuel, Notre-Dame de Paris.

Enceinte de Philippe-Auguste.

Philippe-Auguste, pour mettre les faubourgs à l'abri des invasions, les fit entourer d'une forte muraille crénelée, flanquée de tours ; elle ne s'ouvrait sur la campagne que par d'étroites poternes, précédées d'un pont-levis qu'on levait en cas d'alerte.


Sur la rive gauche, l'enceinte dite de Philippe-Auguste, commençait au pont des Arts, en face de l'Institut. La muraille, partant de la Tour Hamelin, qui devint célèbre au siècle suivant sous le nom de Tour de Nesle, se dirigeait vers le sud-est, gagnait la place actuelle de l'Ecole-de-Médecine, en passant près du carrefour Buci, remontait du côté de la rue Soufflot, traversait la rue Saint-Jacques, puis se dirigeait vers l'est par les rues des Fossés-Saint-Jacques, de la Vieille-Estrapade et Descartes, longeait l'abbaye de Sainte-Geneviève et redescendait la colline par la rue Clovis. Dans cette rue, vers l'angle de la rue du Cardinal-Lemoine existe encore un des fragments les plus importants qui soient restés de cette enceinte.

Suivant ensuite le tracé de la rue du Cardinal-Lemoine, autrefois appelée rue des Fossés-Saint-Victor, et longeant la rue des Fossés-Saint-Bernard, cette muraille venait aboutir à une grosse tour appelée la Tournelle, à l'endroit où le boulevard Saint-Germain vient déboucher sur le quai, en face du pont Sully.

Sur cette même rive gauche, deux portes principales, la porte Buci et la porte Saint-Jacques, donnaient accès dans la campagne, leur emplacement est rappelé par des plaques commémoratives.

Sur la rive droite, la muraille partait de la Tour Barbeau, située en face la Tournelle, à l'endroit où se trouve maintenant le quai des Célestins, traversait les terrains où s'élève le lycée Charlemagne, gagnait la rue Saint-Antoine et longeait la rue actuelle des Francs-Bourgeois. Dans la cour du grand Mont-de-Piété, en face des Archives, se trouve figurée sur le sol une ligne de deux rangs de pavés qui indique le tracé de l'enceinte sous Philippe-Auguste, et dans une autre cour du même établissement, existe encore une tour de forme bizarre, faite de pierres et de tuiles, qui appartenait à la Poterne du Chaume. Elle a été découverte il y a quelques années et reste le plus important fragment du rempart du treizième siècle.

L'enceinte passait ensuite dans le quartier Beaubourg, traversait là rue Saint-Martin à l'angle de la rue du Grenier-Saint-Lazare, — ainsi nommée, dès le treizième siècle, d'une famille Garnier de Saint-Lazare, dont on changea le nom en Grenier — puis la rue Montorgueil et la rue Montmartre un peu au-dessus de l'église Saint-Eustache, arrivait au carrefour formé par la rue Jean-Jacques Rousseau et la rue Coquillière, traversait l'emplacement de l'ancienne Halle au blé, longeait l'église de l'Oratoire, construite au dix-septième siècle, et venait enfin aboutir contre les murailles du Louvre en face de la tour de Philippe Hamelin.


Sur la rive droite s'ouvraient également plusieurs portes, parmi lesquelles : la porte Baudet ou Baudoyer, située rue Saint-Antoine ; la porte du Chaume; la porte aux Peintres, dont le nom a été conservé à une impasse aboutissant rue Saint-Denis ; la porte Montmartre ; la porte du Coquillier, où est aujourd'hui la rue Coquillière ; enfin la porte Saint-Honoré. Entre les deux rives, à chaque extrémité de l'enceinte, une lourde chaîne de fer, reliant les deux tours, barrait la rivière ; car ne passait pas qui voulait : il fallait, pour que la chaîne livrât la route, une permission du prévôt des marchands de l'eau.

1. Paris avait environ 120000 habitants et comptait près de 300 rues dont on commença, sous ce règne, à paver une partie ; sa superficie, qui est maintenant de 7 800 hectares, était de 250 hectares. Une nouvelle enceinte entoura les faubourgs de la rive droite et de la rive gauche. La Cathédrale, le Louvre, la clôture du cimetière des Innocents et les Halles, furent construits sous Philippe-Auguste.

Pavage des rues de Paris.

A l'époque de Philippe-Auguste, Paris comptait déjà environ 120 000 habitants, aussi la circulation y était-elle fort active. Le roi fit paver, sinon toutes les rues, du moins les principales. Voici le récit d'un historien contemporain à ce sujet, « Le roi était un jour dans son château du Louvre, et se promenait, songeant aux affaires du royaume. A ce moment passa une lourde charrette dont les roues, en remuant la boue des rues, en firent sortir une odeur insupportable. Quand il sentit cette puanteur, Philippe eut une grande abomination de cœur. Aussitôt il manda le prévôt et les bourgeois de la ville et leur donna ordre de faire paver les rues de pierres grosses et fortes, ce qui fut fait. » L'historien ajoute que ses prédécesseurs avaient reculé devant une si grosse dépense. Philippe-Auguste n'hésita pas, et avec raison, car cette entreprise intéressait la santé de tous les habitants.

Il augmenta encore la salubrité publique en faisant conduire l'eau en abondance dans la capitale. De son temps on commença à uliliser les sources de Belleville et de Romainville en les amenant à Paris, et plusieurs fontaines furent créées.

Le style ogival naît dans l'Ile-de-France au douzième siècle.

C'est sous Philippe-Auguste que s'accomplit une véritable révolution dans l'art de bâtir. Jusqu'alors les édifices avaient été construits suivant le style roman. Mais d'habiles constructeurs, modifiant des habitudes qui remontaient aux Romains, inventèrent le style ogival, dont Notre-Dame et la Sainte-Chapelle sont d'admirables spécimens.

C'est dans l'Ile-de-France que prit naissance le style ogival, qui devait, de là, se répandre dans tout le monde civilisé. C'est donc un art essentiellement français.

Paris sous Louis IX (1226-1270). Prévôt de Paris, prévôt des marchands.

Louis IX réorganisa la prévôté de Paris et la confia à Etienne Boileau, homme intègre, « qui fit bonne et roide justice et n'épargna pas plus le riche que le pauvre. » Le prévôt de Paris représentait le roi, par qui il était nommé ; il était chargé de l'administration politique et militaire de Paris et siégeait au Châtelet, sorte de château fort situé sur l'emplacement actuel de la place qui rappelle son nom.


Le Prévôt des marchands, élu par le corps de ville, était chargé de la police intérieure et de l'administration
de la ville ; il siégeait au Parloir aux Bourgeois, qui se trouvait alors non loin du Châtelet.

Le Prévôt des marchands était assisté par quatre échevins qui, réunis à vingt-quatre prud'hommes ou conseillers, formaient le corps de ville. Des clercs spéciaux veillaient à l'expédition et à l'enregistrement des actes de la municipalité, à la vérification des poids et mesures, etc.

Une garde, appelée le guet, avait pour mission de veiller à la sûreté des rues de la capitale.

Le costume des bourgeois du treizième siècle se composait d'une tunique, qui n'était autre que l'ancienne saie, et d'un haut-de-chausses. L'hiver, les hommes se couvraient d'un grand manteau appelé balandran.

Corporations et confréries.

Louis IX régularisa les corporations et confréries et les subordonna directement à l'administration de la ville même. Par ses ordres, le prévôt de Paris, Etienne Boileau, fit recueillir les règlements des marchands, artisans, ouvriers de la ville ; c'est ce qu'on a appelé le Livre des Métiers.


Désormais chaque corps eut ses statuts officiels, le livre de ses obligations et de ses privilèges. Il y avait les tailleurs d'images, qui sculptaient les statues des cathédrales ; les maîtres des œuvres de maçonnerie, qui construisaient d'admirables églises ; les talmeliers, qui faisaient la pâtisserie ; les cervoisiers, qui fabriquaient la cervoise, boisson assez semblable à la bière ; les crieurs de vin, qui annonçaient dans les rues la taverne où se buvait le meilleur vin et le moins cher ; les tréfiliers, qui travaillaient le fil de fer ; les archers, ou fabricants d'arcs et de flèches, les armes d'alors ; les étuviers ou maîtres d'établissements de bains ; les potiers d'étain, qui sont nos chaudronniers actuels ; les écuelliers, etc.

Chacune des diverses branches d'industrie était groupée en corporation ou confrérie ; tous les ans un banquet était donné, où les confrères buvaient joyeusement à la prospérité de l'œuvre commune.

Pour entrer dans une corporation, il fallait s'engager par serment à observer les règlements ; puis on commençait par être apprenti. Apres un stage assez long, on était reçu compagnon. L'ouvrier était alors libre de s'embaucher sous certaines conditions et prenait part à l'élection d'un conseil qui jugeait les différends s'élevant au sein de la corporation. Pour passer maître, il fallait produire un travail prouvant qu'on pouvait résoudre toutes les difficultés du métier : c'est ce qu'on appelait le chef-d'œuvre. Celui qui avait réussi était admis parmi les maîtres si une place se trouvait vacante, car le nombre en était limité. Ces catégories d'apprentis, de compagnons, de maîtres ou de patrons se sont perpétuées jusqu'à nous.

La Sorbonne.

La Sorbonne fut fondée, grâce aux libéralités de Louis IX, par son chapelain Robert de Sorbon, en 1257. Ce fut d'abord un établissement destiné aux écoliers sans fortune. Comme dans tous les collèges du moyen âge, le temps y était employé en exercices religieux ou théologiques bien plus qu'en travaux littéraires et scientifiques.



Les écoliers.

Les écoliers qui fréquentaient l'Université de Paris, — près de quinze mille, — habitaient la rive gauche. Ils avaient de nombreux privilèges, entre autres ceux de ne pouvoir être arrêtés par leurs créanciers et d'être exempts de la juridiction du prévôt de Paris. Parfois, ils envahissaient en masse la Cité, bousculant les bourgeois et rossant le guet ; ils regagnaient ensuite leur quartier, où ils étaient maîtres et où l'on ne pouvait les poursuivre. Ils se réunissaient souvent dans un vaste terrain appartenant à l'Université et qui s'appelait le Pré aux Clercs. Comme il était situé non loin des possessions de l'abbaye Saint-Germain-des-Prés, — entre la Seine et la rue du Bac, le boulevard Saint-Germain et la rue Bonaparte, — il y eut à ce sujet de fréquentes querelles entre les religieux de Saint-Germain-des-Prés et les recteurs de l'Université. La construction du Petit-Châtelet, à l'entrée du Petit-Pont, avait eu pour but de protéger la ville contre les incursions brutales de cette bruyante jeunesse qui appartenait à toutes les provinces, à tous les pays.

La Sainte-Chapelle

La Sainte-Chapelle était enclavée dans le Palais. Cet admirable monument, édifié par Louis IX, était la chapelle particulière du roi, qui habitait souvent le Palais de la Cité, où il prononçait ses arrêts quand il ne les rendait pas sous le chêne, resté légendaire, de Vincennes. Voici ce que raconte à ce sujet Joinville, son fidèle historien et son ami : « Maintes fois il advint en été qu'il allait s'asseoir au bois de Vincennes et s'accotait à un chêne et nous faisait asseoir auprès de lui. Et tous ceux qui avaient affaire venaient lui parler sans empêchement d'huissier ni d'autres gens. Et alors il leur demandait de sa propre bouche : «— Y a-t-il quelqu'un qui ait sa partie? » Et ceux qui avaient leur partie se levaient. Et alors il disait : « Taisez-vous tous et l'on vous expédiera l'un après l'autre... » Je vis quelquefois que pour expédier ses gens il venait dans le jardin de Paris, vêtu d'une cotte de camelot, d'un surcot de tire-laine sans manches, un manteau de taffetas noir autour de son cou, très bien peigné et sans coiffe, et un chapeau de paon blanc sur sa tête. Et il faisait étendre des tapis pour nous asseoir autour de lui, et tout le peuple qui avait affaire par devant lui se tenait autour de lui debout. Et alors il les faisait expédier de la manière que je vous ai dite avant pour le bois de Vincennes. »


Outre la Sainte-Chapelle, le roi fit faire à son palais de nombreux agrandissements; il fit construire, entre autres, la salle qui est aujourd'hui connue sous le nom de Cuisines de Saint-Louis.

C'est dans la Grand'salle de justice du palais que se réunissait la Cour de Justice ou Parlement, qui, dès cette époque, commença à résider à Paris. Sous Louis IX, le Parlement n'était guère qu'un Conseil auquel le roi déléguait son autorité judiciaire. Ce n'est que plus tard, en 1302, qu'on voit Philippe-le-Bel organiser régulièrement le Parlement et en faire la cour souveraine du royaume.

1. Le Palais de la Cité était situé Sur l'emplacement de notre Palais de Justice. Ce fut, depuis l'époque mérovingienne, l'une des résidences royales ; Charles V l'abandonna pour l'hôtel Saint-Paul. — 1. Entrée du Palais. — 2. La Sainte-Chapelle. — 3. Pont Saint-Michel. — 4. Montagne Sainte-Geneviève. — 5. Pont au Change. — 6. Grand'Salle de Justice. — 7. Grand'Chambre attenant à la Grand'Salle de Justice. — 8. Cathédrale Notre-Dame.

Couvents fondés par Louis IX.

Louis IX a, en outre, fondé ou contribué à fonder de nombreux couvents, entre autres celui des Jacobins, rue Saint-Jacques, où il faillit se faire moine. L'un d'eux a pour origine un fait de guerre. Pendant la bataille de Bouvines, au moment le plus périlleux, les sergents d'armes avaient fait le vœu solennel de fonder un couvent à Paris s'ils remportaient la victoire. Ils accomplirent ce vœu en 1229 par la fondation du prieuré de Sainte-Catherine-du-Val-des-Ecoliers qui était situé dans le quartier du Marais. Le nom de la rue Culture-Sainte-Catherine, aujourd'hui rue de Sévigné, en a longtemps rappelé le souvenir.

C'est à Louis IX que Paris doit encore la fondation de l'hospice des Quinze-Vingts, destiné dès l'origine aux aveugles. La légende raconte que trois cents gentilshommes français auxquels les infidèles d'Égypte avaient crevé les yeux pendant la croisade, trouvèrent un asile dans un hospice d'aveugles fondé par saint Louis, mais il est prouvé que les premiers aveugles auxquels Louis IX donna l'hospitalité étaient de pauvres gens qui n'avaient pris aucune part à la croisade. Jusqu'au dix-huitième siècle, leur hôpital était situé dans un des plus beaux quartiers d'aujourd'hui : il couvrait l'emplacement des rues de Rohan, de Rivoli, de l'Echelle, et s'étendait sur la place du Théâtre-Français. C'est en 1779 que le fameux cardinal de Rohan, grand aumônier des Quinze-Vingts, vendit ce beau terrain six millions, pour acheter l'enclos actuel de la rue de Charenton, qui coûta moins d'un demi-million.

La tour de Nesle.
Cette tour, qui s'appelait d'abordTour Philippe Hamelin, fut construite par Philippe-Auguste. Une légende populaire, voulait qu'une reine de France y eût commis des crimes affreux. Elle était située près le pont des Arts actuel (rive gauche) et a disparu en 1662.

Influence de l'Eglise au moyen âge.

On a vu combien les constructions d'édifices religieux était nombreuses au moyen âge ; c'est qu'au milieu des troubles politiques, des guerres incessantes, de l'ignorance générale, le clergé obéissant à une tradition et à une discipline uniques, était devenu omnipotent. Rien ne se faisait sans lui ni en dehors de lui. On n'étudiait guère que dans les couvents et les communautés, et l'enseignement tout entier était dans les mains de l'Eglise. Pas un collège à Paris ni ailleurs qui ne lui appartînt. Bien rares étaient alors les esprits indépendants et il était dangereux de professer une doctrine, même scientifique, qui ne fût pas conforme à l'enseignement religieux.

Cette puissance extraordinaire explique les fondations incessantes d'abbayes et de couvents, et ces constructions de superbes cathédrales. Les rois, les grands seigneurs, la bourgeoisie, le peuple voulaient à l'envi se faire bien venir du clergé qui les aidait dans leurs entreprises en cette vie, et leur promettait le ciel dans l'autre.

Donc, à Paris, comme ailleurs, les monuments qu'on élèvera au moyen âge, seront des églises et des couvents aussi riches que possible.

D'autre part, comme il faut se fortifier contre l'ennemi, on construira partout de solides enceintes. Tous les monuments de cette époque répondront donc à cette double préoccupation.

Paris au XIIIe siècle.

Du haut des tours Notre-Dame, achevées sous Louis IX, il est facile de se rendre compte du Paris d'alors avec ses rues et ses édifices. Les rues de Paris, au moyen âge, étaient étroites et malsaines. Beaucoup n'étaient pas pavées et elles étaient plongées la nuit dans une complète obscurité.


Quatre ponts seulement traversent la Seine : deux qui correspondent au pont Saint-Michel et au Petit-Pont, et deux autres sur l'emplacement du pont au Change et du pont Notre-Dame. Tous quatre relient donc l'île aux deux berges du fleuve. Pour aller de la Tour de Nesle au Louvre, il faut passer par la Cité, à moins d'user des bateaux de passeurs qui vont d'une rive à l'autre.

En face de la cathédrale se dressent les hauts bâtiments du Palais (Palais de Justice), habité par le roi, et la flèche aiguë de la Sainte-Chapelle ; plus loin, la grosse tour du Louvre bâtie par Philippe-Auguste, et la série des tours crénelées qui forment le rempart de la ville. Dans l'intervalle, un fouillis de maisons aux toits pointus, au milieu desquelles serpentent de petites rues étroites et obscures qui, avec de nombreux zigzags, conduisent aux quatre ponts, au Palais et à Notre-Dame.

A l'Est, du coté d'où vient la Seine, c'est presque la campagne que l'on a sous les yeux. L'île Saint-Louis, qui alors formait deux îlots, ne se couvrira de maisons qu'au dix-septième siècle.

Noms des rues.

La plupart des noms de rues vinrent des enseignes des maisons. A cette époque, en effet, où le numérotage des maisons n'était pas encore en usage, on ne les distinguait que par leurs enseignes qui, le plus souvent, étaient, non pas écrites, mais peintes. Telle est l'origine du nom des rues de la Harpe, de l'Arbalète, de l'Arbre sec, de l'Hirondelle, de l'Homme armé, etc. D'autres prirent des noms d'hommes, telles que les rues Jean-Lantier, Simon-Lefranc, Geoffroy-l'Angevin, d'autres enfin tirèrent leurs noms de couvents, telles que les rues des Blancs-Manteaux, du Temple, Saint-Victor, qui existent encore aujourd'hui et dont le nom est, par conséquent, vieux de plus de cinq cents ans. Sous Louis IX Paris comptait environ 130000 habitants et 350 rues.





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