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 I. Lutèce. — Paris gallo-romain.

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Zébulon
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MessageSujet: I. Lutèce. — Paris gallo-romain.   Dim 11 Nov - 22:18

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Lutèce gauloise


Il y a deux mille ans, l'île de la Seine où s'élève la cathédrale de Paris, et que nous appelons la Cité, se nommait Lutèce.

Lutèce, à l'époque gauloise.
Elle était tout entière renfermée dans l'île de la Cité ;
les bords de la Seine étaient couverts de bois et de marais.

Elle était habitée par la tribu gauloise des Parisiens. C'était une des nombreuses peuplades venues d'Asie, qui, à une époque trop lointaine pour qu'on en puisse fixer la date, s'étaient partagé le sol de notre patrie.


                 Costumes gaulois

Le territoire des Parisiens n'avait pas plus de douze lieues de circonférence ; il était limité par des voisins plus puissants, tels que les Bellovaque, les Meldes, les Sénonais, les Carnutes, dont les villes principales étaient Beauvais, Meaux, Sens, Chartres.

Lutèce était alors renfermée tout entière dans l'île de la Cité ; la Seine, n'étant pas resserrée par des quais comme elle l'est aujourd'hui, formait sur ses bords de nombreux marais ; enfin les hauteurs voisines, qu'on a appelées depuis Montmartre, Belleville, la montagne Sainte-Geneviève, etc., étaient absolument couvertes de bois.

Le costume des Gaulois était, pour les hommes, une tunique appelée saie et un pantalon appelé braies ; pour les femmes, une tunique serrée à la taille et une robe courte.


Habitations gauloises


Leurs habitations étaient des huttes rondes, de terre et de bois, recouvertes d'un toit pointu en chaume, percé au sommet.



Conquête de la Gaule par les Romains. Prise de Lutèce.

En l'an 58 av. J.-C., le peuple romain entreprit de conquérir la Gaule. La lutte, longue et héroïque, ne dura pas moins de huit années. Le récit de la conquête a été fait par le grand général romain qui l'accomplit, Jules César. C'est dans son livre intitulé : Commentaires sur la guerre des Gaules, que Lutèce se révèle pour la première fois aux historiens.

Paris gallo-romain.(1) Echelle de 1/25 000

C'est à Lutèce que César convoqua, au printemps de l'année 53 av. J.-C., l'Assemblée annuelle à laquelle se rendaient les délégués de toutes les tribus de la Gaule.

Mais l'année suivante, en 52 av. J.-C., les Parisiens ayant pris part au soulèvement de la Gaule, Labiénus, lieutenant de César, marcha sur Lutèce. Décidés à se défendre, les Parisiens choisirent pour chef le vaillant Camulogène, appelèrent à leur aide les peuplades voisines, et, après avoir brûlé leur ville, suivant la coutume des Gaulois, livrèrent, sur les rives de la Seine, un terrible combat dans lequel Camulogène fut tué ; la victoire resta aux Romains, plus nombreux et mieux disciplinés. Quelques lignes des Commentaires de César sont le seul texte d'après lequel on puisse reconstituer les péripéties de la bataille. Une étude approfondie du terrain montre que la rencontre des deux armées eut lieu dans la plaine qui s'étend entre les hauteurs de Villejuif, de Bicêtre et d'Ivry, d'un côté, et la Seine, de l'autre.

Le nom du village de Vitry (Victoriacum) rappelle sans doute le lieu de la victoire, où les Romains élevèrent un autel aux divinités de la guerre qui les avaient fait triompher.


(1). Du deuxième au cinquième siècle, Paris gallo-romain s'était porté sur la rive gauche, entre la Seine et le mont Lucotitius ; d'où le nom de Lucotèce donné au Paris d'alors, qui comptait environ 8 000 habitants.


Lutèce sous les Romains.

Pendant près de cinq cents ans, la Gaule resta soumise à la domination romaine. Elle fut divisée en provinces, et Lutèce fut classée parmi les cités de la Quatrième Lyonnaise, dont le chef-lieu était Sens.


Les Nautes.

A l'époque de Tibère, les Nautes Parisiens, corporation de bateliers qui avait le privilège du transport des marchandises sur la Seine, élevèrent, sur l'emplacement où fut depuis bâtie la cathédrale, un autel à Jupiter.


Fragment d'un autel elevé par la corporation des Nautes.

L'inscription qui consacre la fondation de cet autel a été trouvée sous le chœur. En voici, avec son orthographe barbare et sans abréviations, le texte et la traduction : TIBERIO CAESARE AVGVSTO IOVI OPTVMO MAXSVMO NAVTAE PARISIACI PUBLICE POSIERVNT. « Tibère étant César Auguste, les Nautes Parisiens ont élevé (cet autel) à Jupiter, le meilleur et le plus grand (des dieux). » On a constaté que dans un grand nombre de lieux les églises chrétiennes ont été élevées sur l'emplacement même des temples païens.


Lucotèce.

Pendant les trois premiers siècles de notre ère, les Parisiens s'étendirent sur la rive gauche de la Seine, jusqu'au sommet de la colline qui limite de ce côté la vallée du fleuve. Le nom de Lutèce fut réservé à l'île, tandis que le faubourg s'appela Lucotèce, du nom de la montagne nommée aujourd'hui montagne Sainte-Geneviève, et que les Romains appelaient mons Lucotitius. Le Paris d'alors comptait environ 8 000 habitants. Deux voies romaines traversaient ce faubourg. La plus importante venait d'Orléans et, franchissant la Seine, allait vers le nord à Beauvais et à Senlis : c'est notre rue Saint-Jacques ; l'autre correspondait à peu près au boulevard Saint-Michel.


Monuments gallo-romains.

Au bord de cette seconde voie s'élevait un vaste palais, qui servait aux empereurs romains de gymnase et de bains ou thermes. Les ruines qui subsistent ont été depuis renfermées dans les jardins de l'hôtel de Cluny.


Costumes gallo-romains.

Un immense aqueduc en maçonnerie, franchissant la vallée de la Bièvre à Arcueil, y amenait l'eau des sources de Rungis. On a retrouvé de nombreuses traces d'une canalisation qui traversait la montagne Sainte-Geneviève. A Arcueil même, deux arcades en ont été conservées ; elles permettent de juger de la solidité que les Romains donnaient à toutes leurs constructions. Cet aqueduc fut reconstruit sous Louis XIII, en 1613. L'aqueduc actuel, beaucoup plus élevé que les deux précédents, et qui amène à Paris les eaux de la Vanne, fut entrepris sous le second empire et terminé en 1872.


L'aqueduc d'Arcueil.
Il ne reste que deux arcades de la construction romaine. Reconstruit sous Louis XIII, l'aqueduc a été refait sous le second Empire pour amener à Paris les eaux de la Vanne.
      
Au sommet de la hauteur, était installé un camp permanent, dont la rue Gay-Lussac actuelle traverse l'emplacement ; il était destiné à protéger la ville contre toute attaque du côté du midi. Au delà, dans la campagne, étaient les sépultures construites le long des chaussées, suivant l'usage des Romains qui n'admettaient pas de cimetières dans leurs cités.

A l'est, existent encore les restes des Arènes de la rue Monge, arènes qui durent être, pour les Romains d'alors, jusqu'au triomphe du christianisme, un des lieux de plaisir les plus fréquentés.

A cette époque les Gallo-Romains des classes moyennes avaient adopté en partie le costume des vainqueurs ; ils couvraient de la toge les braies gauloises. Le peuple seul avait gardé son habillement.


Avènement de Julien.

En 361, ce fut à Lutèce, — qui commence dès cette époque à s'appeler Paris, — que les soldats romains proclameront César leur chef Julien, cousin de l'empereur Constance ; celui-ci l'avait envoyé dans les Gaules pour y surveiller les peuplades franques, qui commençaient à envahir le nord et l'est de la province du côté du Rhin. C'est au palais des Thermes que se fit cette révolution.

Dans l'armée romaine, où les généraux avaient toute la confiance de leurs soldats dont ils partageaient les fatigues et les dangers, il n'était pas rare de voir les troupes se révolter contre le pouvoir existant et nommer leur chef empereur.


Paris gallo-romain.
1. Temple de Mars (Montmartre). — 2. Hauteurs de Ménilmontant, alors entièrement boisées. — 3. Ilot réuni sous Henri IV à l'île de la Cité. — 4. Ile de la Cité. — 5. Ile Notre-Dame. — 6. Grand-Pont. — 7. Petit-Pont. — 8. Mons Lucotitius. — 9. Lucotèce. — 10. Emplacement des Arènes de la rue Monge.

Julien aimait beaucoup Lutèce, faisait l'éloge de ses habitants et les traitait avec faveur. « J'étais, dit-il dans une de ses lettres, en quartiers d'hiver dans ma chère Lutèce, laquelle est située au milieu d'un fleuve, dans une île de médiocre étendue jointe aux rivages par deux ponts. L'hiver y est moins rigoureux qu'ailleurs, peut-être à cause des douces brises de la mer qui arrivent jusqu'à Lutèce, la distance de cette ville à la mer n'étant que de neuf cents stades (environ quarante-cinq lieues). Aussi ce pays possède-t-il d'excellents vignobles ; on y cultive beaucoup de figuiers, qu'on protège contre le froid de l'hiver par des couvertures de paille. Les Parisiens n'usent des dons de Bacchus que parce qu'il est le père de la joie... »

On pense que c'est cet empereur qui fit reconstruire les maisons de l'île, la Lutèce proprement dite, qu'habitaient les Gaulois avant le siège de Paris par Labiénus, et à laquelle on avait depuis préféré le faubourg de la rive gauche.

Il est du moins certain qu'un de ses successeurs, Maxime, fit élever à son avènement, en 383, un arc triomphal dont on a retrouvé des fragments près de la cathédrale, et que, vers la fin du quatrième siècle, l'île était entourée d'un rempart en pierre.

Pendant longtemps encore, la rive droite reste inhabitée : les vastes forêts du nord et de l'ouest s'étendent jusqu'à la Seine et, même au huitième siècle, le quartier où sont maintenant les Halles est complètement couvert par des marais et par des bois. On pense cependant que, sur la montagne que nous appelons aujourd'hui Montmartre, s'élevaient, à l'époque romaine, deux autels ou deux statues des divinités païennes Mars et Mercure. Son nom actuel, qui signifie Mont des Martyrs, ne lui aurait été donné que plus tard, lorsqu'on y construisit une église en l'honneur des premiers martyrs, saint Denis et ses compagnons.

Quant au nom de Paris, c'est un des nombreux mots celtiques sur lesquels les savants ne se sont pas mis d'accord. Au moyen âge, on avait imaginé une légende qui faisait descendre les Français de Francus, petit-fils de Priam, qui aurait établi une colonie de Troyens dans notre pays, auquel il aurait donné son nom. Paris n'aurait fait que rappeler le nom du célèbre Pâris. Il est inutile de dire que ce sont de pures fables sans aucun fondement historique.


Établissement du christianisme.

C'est de la domination romaine que date l'établissement du christianisme en Gaule.

A Paris comme à Rome, les chrétiens furent persécutés. Saint Denis est le plus célèbre des martyrs parisiens ; on place la date de sa mort vers le milieu du troisième siècle. Les persécutions cessèrent cinquante ans plus tard, lorsque plusieurs empereurs romains embrassèrent la religion chrétienne.

Dès le cinquième siècle, on commença à bâtir des églises : la cathédrale, à la place qu'elle a toujours conservée, sur l'emplacement où les Nautes avaient élevé un autel à Jupiter. Plus anciennement peut-être que la cathédrale, avait été construit un oratoire élevé sur le tombeau de saint Marcel, évêque de Paris, mort vers 436. Cet oratoire fut depuis remplacé par une église qui a été supprimée par la Révolution et dont le nom, resté au quartier Saint-Marcel, rappelle aujourd'hui le souvenir.

Sur la rive droite s'élevaient deux églises, consacrées toutes deux à saint Martin, évêque de Tours et l'un des saints les plus populaires de notre ville. La première était une modeste chapelle placée à l'extrémité du pont qui conduisait à la voie romaine, à peu près à l'endroit où se trouve la tour Saint-Jacques actuelle. On a longtemps cru que le pont romain qui mettait en rapport la Cité avec la rive droite était situé où nous voyons aujourd'hui le Pont au Change. C'est une erreur. Ce pont était dans l'alignement de la voie romaine représentée par les rues Saint-Jacques et Saint-Martin, et par suite, son emplacement correspond à celui du pont Notre-Dame. La seconde église s'élevait plus loin dans la campagne ; nous la retrouvons sous le nom de prieuré de Saint-Martin-des-Champs, qui est maintenant le Conservatoire des Arts-et-Métiers.






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